[amm] XII – Une dernière fois

<Illustration à venir>


À ma mort

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  • Nom prénom : Marie Blanche.
  • Domicile : Région Parisienne.
  • Statut : Célibataire.
  • Enfant(s) : Aucun.
  • Profession : Rédactrice documentaliste technique.
  • Âge : Trente ans.
  • Cheveux : Châtains clairs, longs.
  • Yeux : Vairons.
  • Silhouette : Fine.
  • Taille : 1m63.
  • Poids : 55 kg.
  • Fumeuse : Non.
  • Caractère : Calme.
  • Sport : Aucun.
  • Centres d’intérêts : Lecture, cinéma, couture.

Non ça ne va pas, avec un profil pareil, pas étonnant que je sois encore célibataire. C’est décidé, ce soir je n’ai rien de prévu, je reprends mon profil Meetic de A à Z.

C’est fou quand j’y pense, me connecter à un site de rencontre depuis le boulot, c’est une chose que je n’aurai jamais imaginé faire il y a encore quelques semaines. Pourtant, avec le nombre d’heures sup non payées que je fais chaque mois, je ne devrais pas avoir en rougir.

Enfin je ne me plains pas, au contraire. Depuis les excuses publiques de Louis, tout a changé et quand je dis tout, je ne parle pas uniquement du congé exceptionnel qu’il m’a accordé, ni de l’énorme promotion dont j’ai bénéficié, ou encore du changement d’attitude soudain des collègues à mon égard. C’est bien plus que tout ça, je le sens, je change. Un regain de confiance, sûrement, mais pas seulement, quelque chose de plus critique, fondamentale. Une mutation qui par effet domino, a engagé un lent et long processus d’évolution au plus profond de moi. Le voile de brume qui siégeait devant moi depuis des années se dissipe, laissant à nouveau l’horizon s’offrir à moi.

Tous ce temps j’ai subi isolement et humiliations sans protester. Oui j’ai subi ! Mais j’ai surtout accepté ! Dès le départ j’ai baissé les bras. J’aurais sans doute pu me battre pour l’empêcher, ou tout au moins demander de l’aide, mais non, je n’ai même pas choisi la fuite. Au lieu de cela je me suis complu dans ma misère, je suis devenue une victime au sens le plus péjoratif du terme.

Mais tout cela est révolu. Quelqu’un m’a tiré de cet enfer et désormais, je continuerai à avancer un pas après l’autre vers cet horizon. Quels que soient les obstacles qui me feront face, qu’importe le nombre d’échecs, je trouverai la force de les surmonter tous. Quand bien même il me faudrait changer de forme et m’arracher à autant de chrysalide que nécessaire.

Désormais j’aimerais confirmer l’identité de mon bienfaiteur, je suis presque certaine que c’est lui. D’ailleurs j’espérais qu’en reprenant le travail aujourd’hui je le verrais, mais apparemment il est en congés pour deux semaines. Dommage, j’ai tant de questions à lui poser et je n’ai pas envie d’attendre tout ce temps. Malheureusement je ne sais pas où il habite et j’aimerais éviter d’avoir à le demander à Louis, cela pourrait éveiller ses soupçons.

Une idée me vient à l’esprit, je pourrais tout simplement obtenir l’information en fouillant dans le bureau de Laurence, notre ancienne RH. Rien que de l’imaginer, mon cœur palpite, je n’ai jamais rien fait de tel de toute ma vie. Que se passerait-il si j’étais prise en flagrant délit. Arrête donc de réfléchir ! Inutile de peser le pour et le contre, fais-le, un point c’est tout !

C’est ainsi que durant la pause café je m’introduis discrètement dans le bureau de Laurence. Sans perdre de temps j’entame une procédure de fouille en règle qui porte rapidement ses fruits, en effet, je tombe directement sur le dossier des employés et y trouve l’information voulue. Après l’avoir rapidement mémorisée, je remets le dossier en place et m’éclipse aussi vite que je suis venue. Au moment même où je me rassois à ma place, Louis entre dans l’open space pour rejoindre son bureau. Ça s’est joué à un cheveu !

Wow quelle poussée d’adrénaline, je prends quelques secondes pour me remettre de mes émotions, puis note l’adresse mémorisée sur un post-it que je range dans mon sac à main. Finalement, mon compte Meetic attendra un peu, j’ai un nouveau projet pour ce soir.

Le reste de la journée se déroule normalement et en quittant le travail, je décide de me rendre directement chez lui. En arrivant je ne suis pas rassurée, le quartier est malfamé. Les regards insistants de certains hommes, les remarques désobligeantes ou carrément insultantes, enfin, le quotidien d’une femme en France, sauf qu’ici ces comportements sont exacerbés.

Me voilà enfin devant l’interphone de son immeuble, je cherche son nom et appuie sur le bouton d’appel. Je patiente quelques dizaines de secondes, mais aucune réponse ne vient, je réitère alors l’opération trois fois, mais c’est en vain. Il se fait tard et mieux vaut ne pas traîner dans le coin à cette heure-ci. Tant pis, je tenterai à nouveau demain.

Malheureusement, le lendemain soir pas plus de succès, aucune réponse à l’interphone, peut-être est-il parti en vacances. Je m’apprête à renoncer quand, une habitante arrivant derrière moi ouvre la porte à l’aide de son badge. Je profite de l’occasion et passe incognito après elle. Malgré mon effort elle me remarque et me jette un regard suspicieux, auquel je réponds par un grand sourire gêné.

Une fois dans le hall, je repère l’étage à l’aide des boites aux lettres et m’y rends sans perdre de temps. Enfin devant sa porte, je lève le bras et frappe trois coups secs du poing. Est-il vraiment parti en vacances ? La porte va-t-elle s’ouvrir, si oui, que vais-je dire, comment justifier cette intrusion. Je me trompe peut-être depuis le début, si ce n’était pas lui qui… Non ! Stop ! je ne dois pas céder à la panique, je vais lui demander clairement, peu importe sa réponse, je dois savoir.

Oui je dois savoir, mais cette satanée porte de s’ouvre pas. Bon ! Ça ne sert à rien, de toute évidence il n’est pas là, je tenterai un autre jour. Je commence à rebrousser chemin, puis, Non ! Je veux savoir ! D’un pas décidé je me place à nouveau devant cette maudite porte et frappe fort à plusieurs reprises. Rien ne se passe, mais j’insiste !

— Êtes-vous là ? C’est Marie, Marie Blanche !

Tout à coup Une porte s’ouvre, mais pas la bonne. À ma gauche, une vieille dame sort de son appartement.

— Mademoiselle, arrêtez donc de martyriser cette pauvre porte, vous voyez bien qu’il n’est pas là. Dit la vieille dame d’une voix douce et posée.

Je me sens rougir de honte.

— Veuillez m’excuser Madame, je ne voulais pas vous importuner, lui dis-je en courbant légèrement la tête.

— Allons bon, ce n’est rien j’ai eu votre âge, je sais ce que c’est, croyez-moi. Ce qui m’étonne en revanche, c’est qu’il ne m’ait jamais parlé d’une petite amie.

Les joues m’en chauffent tellement je suis embarrassée.

— Ah non madame, vous vous méprenez, nous ne sommes pas… je veux dire… nous sommes collègues de travail et je venais prendre des nouvelles. Je suis déjà passée hier, mais je crois bien que mon collègue est parti en vacances.

— Alors, vous n’êtes pas au courant ? me dit-elle surprise.

— Au courant de quoi ?

— Le pauvre garçon à fait une chute à moto.

— Oh mon dieu, un accident ! Comment va-t-il ? Dis-je inquiète.

— Ne vous en faites pas, il va bien, il s’est bien amoché, mais sa vie n’est pas en danger. Imaginez donc, le pauvre a trouvé la force de rejoindre son appartement devant lequel je l’ai trouvé à demi-conscient. J’ai tout de suite appelé les secours qui l’ont pris en charge.

— Qu’a-t-il exactement ?

— Un léger traumatisme crânien et d’autres blessures sans gravité, il aurait dû sortir aujourd’hui. Toutefois, les médecins ont préféré le garder en observation deux jours supplémentaires par précaution.

— Dieu merci, à quel hôpital a-t-il été admis ?

— Au centre hospitalier sud francilien, à Corbeil-Essonnes, mais à cette heure-ci les visites sont terminées, vous devrez attendre demain ma petite.

— Vous avez raison il est tard, Madame je vous remercie infiniment pour ces renseignements.

— De rien, passez-lui le bonjour de ma part quand vous le verrez, je m’appelle Nadine.

— Je n’y manquerai pas Madame, au revoir.

Je la quitte en la saluant de la main, drôle de petite dame.

Samedi, le lendemain, je décide de me rendre au centre hospitalier en milieu de matinée. Mais avant cela, je fais un détour chez un chocolatier renommé et sélectionne un assortiment de chocolats au lait.

Je l’ai souvent vu déguster des chocolats au travail et j’ai souvenir qu’il laissait toujours les noirs de côté pour nous les proposer ensuite. J’en déduis qu’il ne les aime pas, j’espère que ça lui plaira.

En arrivant à l’hôpital, je donne son nom à l’accueil et on m’indique l’étage et le numéro de sa chambre. Enfin devant l’ultime porte, la nervosité revient. Pour me détendre je prends une grande respiration avant de frapper, j’entends alors sa voix étouffée par l’épaisseur de la porte. Celle-ci m’invite à entrer, ce que je m’empresse de faire.

Le voilà enfin, assis sur son lit, pianotant sur un ordinateur portable. La partie droite de son visage est presque entièrement couverte d’un pansement aux frontières duquel on peut distinguer la couleur jaune-bleuâtre d’un hématome.

— Mon Dieu ! dis-je choquée de le voir ainsi. C’est une chose de le savoir et une autre de le voir.

En m’entendant son regard se tourne vers moi, il semble aussi surpris que moi.

— Marie, mais… comment as-tu su ?

— J’ai, j’ai croisé ta voisine hier en voulant te rendre visite, elle m’a parlé de l’accident et… elle te salue.

Un silence embarrassant s’installe. Confuse, je cherche désespérément quoi dire, mais c’est le blanc total dans ma tête, heureusement il prend l’initiative :

— Merci d’être venue, désolé pour le spectacle, je ne suis pas beau à voir.

— Comment vas-tu, c’est douloureux ? Dis-je.

— Oh non, avec tous les cachets qu’ils me font prendre, je ne sens rien et puis je commence déjà à aller mieux. À vrai dire, j’aurais dû rentrer hier, mais ce satané médecin préfère me garder deux jours de plus. Trop de lits sont vides si tu veux mon avis.

— C’est peut-être mieux ainsi, tu ne crois pas ? Tu as quand même fait une chute à moto, tu aurais pu te tuer. Comment cela s’est-il passé ?

— Oh une simple balade en forêt qui a mal tournée, j’ai perdu le contrôle de ma moto en prenant une mauvaise bosse et puis voilà.

— Quand même, tu ne t’es pas raté.

— Oui, on dirait que je n’ai pas été très prudent sur ce coup-là. répond-il en lâchant un petit rire timide.

— Tu m’apportes quelque chose ? dit-il en désignant le sac en plastique que je porte, celui contenant la boite de chocolats.

— Ah oui, désolé, c’est un petit présent pour t’encourager dans ton rétablissement. Dis-je en lui apportant la boite.

— Oh Super ! Merci beaucoup, j’adore les chocolats.

Il pose son ordinateur sur une petite table à côté de son lit, et ne tarde pas à ouvrir la boite pour se servir.

— Tu en veux un ? me demande-t-il la bouche pleine.

J’en prendrais bien un, mais je tiens trop à ma ligne.

— Non merci, c’est gentil, garde-les pour toi.

Une question me taraude l’esprit, mais je n’ose la poser, et puis zut !

— Dis-moi, ton accident, ça a à voir avec ce qu’il s’est passé à l’agence ?

Il me regarde hagard une seconde puis pouffe de rire.

— Aie, ne me fais pas rire comme ça. Bien sûr que non, ça n’a rien à voir.

— Alors, tu admets que tu y es pour quelque chose ?

— De quoi ? Me dit-il feignant l’ignorance, mais il est maintenant piégé.

— Tu sais bien, ce qu’il s’est passé avec Louis, ses excuses soudaines.

Il baisse la tête, esquivant ainsi mon regard, et dit :

— Oui, j’y suis pour quelque chose, mais ne me demande pas de t’expliquer le pourquoi du comment, et surtout n’en parle à personne, cela vaut mieux pour nous deux.

— Quoi ? Mais… tu ne peux pas me demander ça, c’est injuste, je me sens minable. Tu m’as sortie de ce cycle infernal comme ça, sans explication. J’ai tant de questions, pourquoi moi, pourquoi maintenant, pourquoi prendre tous ces risques pour une simple collègue de travail.

Le regard toujours baissé, il tourne sa tête vers moi.

— Je suis désolé, mais je ne peux pas répondre à tes questions. Tout ce que je peux te dire, c’est que j’ai fait ce qui devait être fait, rien de plus. Mon seul regret et de ne pas avoir agi plus tôt.

— Je vois, je n’ai d’autre choix que d’accepter ton silence. C’est entendu, je n’insisterai plus, mais laisse-moi au moins te raccompagner chez toi. Tu sors demain c’est bien ça ?

— Oui mais cela ira ne t’en fais pas, et puis j’ai beaucoup de choses à faire les prochains jours.

Il fuit à nouveau.

— Quel genre de choses, je peux peut-être t’aider.

— Non rien d’important, de la paperasse administrative, et puis mon appartement est dans un sale état, hors de question de te le montrer ainsi.

Il me cache quelque chose j’en suis certaine, il cherche à se débarrasser de moi.

— D’accord, je n’insiste pas… pour le moment.

— Pardonne-moi, je te promets, quand les choses seront en ordre je t’appellerai, on pourrait même se faire une bouffe.

— Oui c’est une bonne idée, je compte sur toi !

La suite de notre conversation tombe dans les banalités, je reste encore quelques minutes et m’en vais à demi satisfaite. J’espérais apprendre plus de cette rencontre, mais je pensais à ce moment-là que d’autres occasions se présenteraient. J’étais loin d’imaginer que je ne verrai jamais plus son visage.


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10 commentaires

  1. Ah enfin le point de vue de Marie, c’est bien d’avoir son point de vue. Relisez-vous, il y a quelques coquilles, rien de bien méchant, mais ça casse un peu la lecture. J’aime bien le parallèle entre les deux collègues qu’un événement soudain pousse à sortir d’eux-mêmes. Marie d’avoir été aidée pourrait-elle avoir été touchée par une nouvelle impulsion et changer les choses à son tour, à son échelle, selon ses moyens et sa nouvelle perception d’elle-même ? A suivre donc…

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  2. Bon, j’ai lu les commentaires des autres. Tu sais qu’il faut faire de la correction.
    Pas quelques coquilles, mais une grosse correction. La typographie est encore et toujours la bête noire de l’écrivain. La grammaire et la conjugaison aussi.

    Pas de correction sur l’histoire qui est excellente. Le point de vu de Marie est carrément génial, car il nous donne la suite de son histoire.
    D’ailleurs j’adore ces passages de l’un à l’autre des différents personnages.

    Aimé par 1 personne

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