[amm] II – Le molosse

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À ma mort

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Chacune de mes foulées fait remonter en moi, le fracas d’une fuite effrénée. Je file, que dis-je, je cavale au-delà de mes forces. Derrière moi, trois émissaires du Molosse s’apprêtent à me délivrer un message de souffrance. Ce cerbère, quand il me saisira, je serai lentement dépecé, et dévoré sans vergogne. J’avais imaginé une fin digne, plus romanesque. Si tel doit être mon destin, je me suis promis de l’accepter. Mais il est encore trop tôt, je n’ai pas encore assouvi cette soif. Il est de mon devoir de tout faire pour prolonger ma quête.

Qu’ai-je donc si bien foiré ? À quel moment, sur quel lieu me suis-je fourvoyé ?

Oui, il y a trois jours. C’est là que tout a commencé.

Samedi, je suivais les conseils de Nadine, et me reposais le restant de la journée. Le soir comme promis, elle m’apportait un bouillon de poule. Un plat tout à fait appréciable en ce début d’hiver, qui une fois terminé, m’enjoignait à une sieste digestive. Par trop de vigueur retrouvée, je me levais alors en pleine nuit frais comme un gardon. Pour la première fois depuis toujours, une flamme viscérale brûlait en moi. De crainte de la voir s’éteindre, je commençais à chercher de quel bois j’allais pouvoir nourrir son foyer.

À vrai dire, les idées, ce n’était pas ce qui me manquait. Mais la plupart exigeaient une certaine expérience, voire une grande préparation au préalable. J’hésitais longuement entre deux options : un cas de harcèlement sur mon lieu de travail, ou alors continuer sur ma lancée, et m’attaquer au gang des « Hoodster » : Bande qui avait la mainmise sur mon quartier. Chico, le dealer que j’avais tué malgré moi, en faisait par ailleurs partie. Ce n’était évidemment qu’un nom de rue. Un surnom qui faisait très certainement référence, aux quatre énormes pavés, qui lui avaient servi d’incisives de son vivant.

Bref, la disparition de Chico n’allait pas changer grand-chose à la situation. D’ici peu, un autre membre de son gang allait le remplacer. Je décidais donc de m’occuper de ce cas, ou plutôt de leur cas.

N’étant ni un meurtrier, ni une brute. J’en étais venu à la conclusion qu’employer la force était encore prématuré. Néanmoins, je ne voulais pas me l’interdire définitivement, je n’étais simplement pas encore prêt à le faire. J’optais ainsi par défaut, pour la méthode cérébrale. Je devais trouver le moyen de leur nuire, leur servir leurs propres méthodes frelatées, avec un zeste de sournoiserie pour relever le tout.

Pour cela, il me fallait collecter des informations : leurs noms, adresses et habitudes. En clair, toutes choses que je pourrais utiliser contre eux, et cela sans éveiller les soupçons. C’est alors que cette idée insolite, du moins, pour l’être soumis aux lois que j’étais naguère, m’est venue. J’allais m’introduire dans l’appartement de Chico, et y chercher tout renseignement pouvant m’être utile.

L’idée était bonne, mais la mettre en pratique, loin d’être évident. La seule expérience que je possédais en matière de crochetage de serrure, était issue d’un jeu vidéo n’étant pas des plus réalistes. Il existait toutefois une solution alternative pour accéder à l’appartement, le balcon. En effet, l’immeuble que j’habite date des années soixante. Epoque où l’on a construit en masse ces ignobles tours. Les portes-fenêtres des balcons, pour la plupart d’origine, possèdent un mécanisme de fermeture vieillissant. Or celui de mon studio saute au moindre choc, et il était fort à parier qu’il en fut de même pour les autres logements. Celui de Chico ne devait pas faire exception.

Il restait tout de même à trouver un moyen d’accéder au balcon du défunt dealer, c’est-à-dire, celui juste au-dessus du mien. En outre, il était presque certain que, s’il y avait des choses compromettantes dans l’appartement, le gang ne tarderait pas à venir les récupérer. Chaque heure qui passait risquait de voir cet événement se produire, je devais donc faire vite et avec les moyens du bord.

C’est ainsi que je descendais en pleine nuit dans la cave, en quête de matériel pour me fabriquer pourquoi pas, un grappin de fortune. Etait-ce la providence qui me fit tomber sur une vieille corde de cinq mètres, ou plutôt qu’un de mes voisins ait une petite entreprise de déménagement. Bien sûr, je savais qu’il laissait fréquemment ce genre d’objet dans le débarras. Une fois remonté avec ma trouvaille, j’entrepris d’y fixer à une des extrémités une de mes vieilles boules de jonglage, et ce, à l’aide d’un rouleau de Chatterton. Cela devait faciliter le lancer. Toutefois, il ne me fallut pas moins de vingt essais, pour réussir à faire passer la corde entre deux barreaux du balcon supérieur, et beaucoup de patience encore pour la faire retomber jusqu’à moi. Une fois les deux balcons reliés, je n’avais plus qu’à grimper.

Quand on s’est par une fois jeté dans le vide, il est moins difficile de jouer le funambule. De surplus durant ma scolarité, l’escalade était une des rares disciplines pour laquelle j’excellais, et bien que depuis de l’eau avait coulé sous les ponts, je n’avais point oublié comment grimper le long d’une corde. C’est donc non sans mal, mais avec une certaine habileté, que j’atteignis ma destination. Je me glissais par-dessus la balustrade, vers l’intérieur du balcon cette fois, en prenant soin d’éviter un pot de fleur s’y trouvant. Une fois devant la porte-fenêtre, je la frappais d’un coup sec. Rien. Tracassé par ce premier échec, je frappais deux nouvelles fois. Cette fois-ci la porte s’entrouvrit. Tout se passait presque comme je l’avais imaginé. Dans ma vie ce n’était pas chose anodine, c’était grisant.

En entrant dans l’appartement, je fus estomaqué par l’ordre qui y régnait. Ce mec qui, il y a deux jours encore, raclait le fond de sa gorge, pour déverser ses immondes glaviots à la surface de tout le quartier, avait un appartement nickel. Le mien faisait figure de dépotoir en comparaison.

Après avoir accusé le coup, je me mis à fouiller chaque placard, chaque tiroir que je rencontrais. Les vidant un à un de leurs contenus, mais à la recherche de quoi ? Je ne savais pas vraiment, mais je fouillais, retournant ici le matelas du lit, retirant là les coussins du canapé. En l’espace de quelques minutes seulement, l’appartement autrefois si bien rangé, se trouvait dans un état déplorable. Je dois bien avouer que la chose avait provoqué chez moi, un certain plaisir mesquin. Enfin, après une bonne heure à mettre le souk, et dépité de n’avoir rien trouvé, je décidais de m’asseoir sur le canapé pour y réfléchir. Seulement, l’unique pensée qui me vint à l’esprit, fut que la scène ressemblait à un cliché de film policier. C’est alors que j’entendis des bruits venant de derrière la porte d’entrée, des sons de frottement métallique provenant de la serrure. Quelqu’un était en train de la crocheter !

Je bondis du canapé pour rejoindre le balcon et, sous l’effet de la panique, mon pied heurta le pot de fleur s’y trouvant, le faisant ainsi tomber dans les buissons longeant le bas de l’immeuble. J’eus tout juste le temps de descendre, détacher la corde et la tirer vers moi avant d’entendre la porte s’ouvrir. Dans cette opération hâtive, j’aurais pu me tuer dix fois, c’est incroyable ce que l’on peut accomplir quand la peur vous quitte.

Les bruits devinrent des pas se dirigeant vers le balcon, sous lequel je me cachais désormais. Soudain, j’entendis la voix rauque d’un homme dire :

— La plante bordel !? Où est c’putain de pot de fleur de sa race !

La voix tendue d’un autre gentilhomme se fit à son tour entendre :

— Y’a un sale fils de pute qu’est passé avant nous !

— J’t’avais bien dit qu’on aurait dû passer avant, dit voix rauque.

— En plein jour ? Beugla l’autre.

— Et alors, c’est not’quartier, qu’es-tu-crois ? Qu’on va nous balancer au keuf ? Dit voix rauque.

— Putain jte jure, je vais fumer le sale bâtard de sa mère qu’a fait ça, dit l’autre.

— Ma parole, Molosse va être trop vénère ! Jte préviens c’toi qui lui dit.

— Dans tes rêves, bon allez on s’casse, c’est mort, y’a plus rien ici.

Oui, la plante ! Quelle chance, ma maladresse m’avait permis de trouver ce que je cherchais. Par précaution, je prenais la peine d’épier les deux racailles depuis mon balcon, juste le temps qu’ils sortent de l’immeuble et s’effacent dans l’obscurité de la nuit. J’aurais aimé voir leurs visages, mais l’éclairage était insuffisant.

Une fois le champ libre, je me précipitais dehors avec une lampe torche pour y chercher le pot de fleur. Cela ne me prit guère plus d’une minute, il était là, brisé au milieu des buissons. Parmi les débris se trouvait un sac en plastique hermétique que, je ne tardais pas à rapatrier dans mon appartement pour en découvrir le contenu. Jack pot, le sac contenait un bon kilo d’héroïne pure, une clé USB et un vieux canif.

Sans tarder, je branchais la clé USB sur mon ordinateur portable, et prenais soin de la scanner avec un antivirus. Cette dernière contenait deux fichiers. Le premier portait un nom composé d’une suite désordonnée de caractères alphanumériques, quant à son contenu, il était tout aussi abscons, et de toute évidence chiffré. Bien que la chose attisât ma curiosité, je décidais de porter mon attention sur le deuxième fichier, qui lui se nommait « contacts.json ». Ce dernier se trouvait être une sauvegarde de répertoire téléphonique, mais pas n’importe laquelle. On y trouvait une compilation de surnoms tous plus ridicules les uns que les autres : Frakass, Dickers, 91Pops, Meskine, … Je passais un moment divertissant à les lire, un peu à la façon dont on pourrait lire les perles du bac.

Parmi tous ces pseudonymes, un en particulier attira mon attention : « Molosse ». Je l’avais entendu sortir de la bouche d’un des voyous. Ce Molosse était à la recherche de l’héroïne, et j’avais son numéro de téléphone personnel. Une proie potentielle se profilait devant moi, et je disposais de l’appât idéal. Ne restait plus qu’à trouver le piège adapté et l’endroit parfait pour le poser. Il me fallut toute la matinée pour élaborer une stratégie.

Objectif principal : Nuire aux Hoodsters. À cet égard, j’avais imaginé un plan en trois étapes. Tout d’abord, je devais appâter la cible. Rien de plus facile, un MMS contenant une photo de la poudre suffirait. Mais pas question d’utiliser mon portable, je devais conserver mon anonymat. Il me fallait investir dans un téléphone prépayé. C’était un outil indispensable qui allait à coup sûr me servir de nombreuses fois. Je planifiais alors d’en acheter un l’après-midi même. Un des avantages de la région parisienne, c’est que même le dimanche, on peut trouver à peu près ce que l’on veut, et ce spécialement dans le 13ème arrondissement.

La première partie du plan consistait par conséquent, à réclamer une grosse somme d’argent en échange de la marchandise. D’après mes recherches sur internet, un kilo d’héroïne faisait dans les dix-huit mille euros, je décidais donc d’en réclamer six mille. Si j’en avais demandé plus, la marge pour les Hoodsters n’aurait pas été intéressante. Or, l’objectif était avant tout de les attirer.

La seconde phase visait à placer le kilo d’héroïne, dans un des casiers à code de la patinoire municipale. Evidemment, le lieu, numéro de casier et code, ne devaient être révélés qu’après l’argent perçu.

Pour conclure, il me fallait organiser le moment et lieu de la transaction. Concernant le lieu, il devait être peu fréquenté et m’apporter un avantage stratégique. Il était primordial que je puisse récupérer l’argent en toute sécurité, donner l’emplacement de l’héroïne, et m’enfuir avec une bonne longueur d’avance. Je connaissais l’endroit idéal, une zone industrielle désaffectée en bordure de la Seine. Néanmoins, j’allais avoir besoin de temps pour prospecter, afin de choisir l’endroit exact. C’est pourquoi, je devais me défaire de mes obligations. Encore une fois, j’avais une solution toute trouvée : Mon visage avait dégonflé, mais un bel hématome recouvrait désormais mon arcade sourcilière. De plus, j’avais diverses petites contusions sur le corps. J’ajoutais donc un petit détour aux urgences sur mon planning de l’après-midi. J’obtins ainsi un arrêt de travail de trois jours, accompagné d’un sermon du médecin pour ne pas être venu plus tôt.

En rentrant en fin d’après-midi, je mettais à exécution la première partie de mon plan. J’envoyais à Molosse une photo du sac d’héroïne par MMS, et presque aussitôt il m’appela. Il était hors de question que je décroche, je savais qu’il essaierait de m’intimider, et je ne voulais laisser paraître aucune faiblesse. Il fit trois autres tentatives, avant de me laisser un charmant message sur le répondeur. Sans trop m’étaler sur le contenu de celui-ci, un nombre remarquable d’insultes et menaces de mort y figuraient. J’attendais encore une petite quinzaine de minutes pour le faire mariner. Dehors, la nuit tombait déjà. Une fois le délai écoulé, j’envoyais un simple texto disant : « Rendez-vous mardi 19h. Donnerai lieu 1h avant. Apportez 6000 euros en billets de 500 ». Je trouvais la grosse coupure plus facile à transporter. La réponse ne se fit pas trop attendre : « OK 6000, contre l’héro ET la clé USB ». Le contenu de la clé semblait avoir de la valeur pour lui, j’en fis donc une copie sur mon disque dur avant de la formater. Il l’aurait sa clé… vierge. Le soir, fort satisfait mais également épuisé du déroulement de cette longue journée, je m’endormais paisiblement.

Le lundi matin fut dédié au shopping : Une cagoule de ski, des gants et une bombe lacrymo. Quant à l’après-midi, j’en profitais pour effectuer le repérage dans la zone industrielle désaffectée. Assez vite, je jetais mon dévolu sur un vieux bâtiment non loin de la Seine. Celui-ci présentait l’avantage d’avoir trois étages et un toit accessible. Parfait pour me donner une longueur d’avance lors de la transaction.

L’argent n’était pas une fin en soi, mais comme on le dit souvent, c’est le nerf de la guerre, et à coup sûr, j’étais en guerre contre ce monde. Pouvoir l’extorquer à ce gang était une sorte de petit bonus.

Le soir, je ne tardais pas à me coucher, je voulais être au sommet de ma forme pour cette journée décisive qui m’attendait. Si quelque chose se passait mal, ce serait certainement la dernière. J’avais l’impression d’être un gosse la vielle de son anniversaire, un mélange d’excitation et de curiosité m’habitait. Cette fois-ci, le sommeil fut difficile à trouver.

Le lendemain aux aurores, je me levais abruptement, comme poussé hors du lit par ma flamme. Elle me soufflait « Il est temps, lève-toi ». J’exécutais alors, mon rituel d’homme civilisé en prenant une douche et un petit-déjeuner. Puis, jusqu’à midi je repassais en boucle chaque étape du plan, et simulais mentalement d’hypothétiques scénarios. L’heure approchait et l’excitation montait. L’après-midi, j’allais à la patinoire pour y déposer le colis, puis me rendais ensuite tranquillement sur le lieu de la transaction.

Tout était fin prêt. Il était maintenant dix-huit heures et la nuit tombait, j’envoyais donc le lieu du rendez-vous à Molosse : Lui, devait se rendre sur le toit du bâtiment. Pour ma part, je n’allais pas monter. Ayant un peu d’avance, j’en profitais pour me cacher dehors, derrière un tas de palettes que j’avais repéré la veille. Là, je me perdis dans mes pensées un long moment. À la limite de l’assoupissement, un cri me sortit brutalement de ma torpeur. Ce dernier provenait du haut du bâtiment :

— Je suis là sale enfoiré !

Il était dix-neuf heures passé. Le Molosse était là et m’attendait.

Il reçut un autre texto lui ordonnant de lâcher l’argent du haut du toit, côté sud, où je me trouvais. Il s’exécuta, et je m’empressais de collecter la petite liasse, avant de lui envoyer le message final : lieu, casier et code.

À peine étais-je en train de relever la tête de mon téléphone, que je vis trois malfrats se ruer vers moi. De quelle naïveté j’avais fait preuve ! Le Molosse avait laissé des hommes à lui au bas du bâtiment. Si je ne m’étais pas bêtement endormi, je les aurais vu.

Quoi qu’il en soit, il était trop tard, et je n’avais plus qu’une chose à faire : prendre mes jambes à mon cou.

Voilà où j’en suis, poursuivi par ses trois émissaires, au milieu de la ruelle sombre d’une zone désaffectée. Il est vrai, je porte désormais plus d’importance à ma mort qu’à ma vie. Mais si possible, j’aimerais éviter que ma fin ne soit trop douloureuse. S’ils m’attrapent, je serai tabassé durant des heures, subissant les pires sévices.

Mon premier poursuivant me rejoint déjà. Il est si proche que je peux sentir son souffle me caresser la nuque. Je saisis la bombe lacrymo se trouvant dans la poche ventrale de mon sweat, et alors même qu’il parvient à empoigner ma capuche, je fais pression à l’aveugle derrière moi. Il pousse un cri de douleur et lâche prise.

Un de moins ! Mais les deux autres sont toujours à mes trousses. J’entends le son de leurs pas s’approcher dangereusement. Voilà maintenant qu’une maudite pointe de côté montre le bout de son nez. Je ne pourrai plus les tenir à distance bien longtemps. Sérieusement, si je m’en tire, j’arrête la clope !

Le RER ne se trouve qu’à huit-cents mètres, mais les probabilités pour que, je tombe sur un train dont les portes se fermeraient miraculeusement derrière moi, sont bien plus minces que si je jouais dans un mauvais film d’action.

La seule option viable serait de sauter dans la Seine. Ils n’oseront me suivre, et de nuit je serai presque invisible. Le problème, c’est qu’en cette période de l’année l’eau doit avoisiner les cinq degrés, l’hypothermie me guettera. Je préfère encore mourir noyé qu’être torturé durant des heures. À quoi bon réfléchir, de toute évidence c’est ma seule chance.

C’est à bout de souffle que j’arrive au milieu d’un pont traversant la Seine. À l’aide de mes dernières forces, je saute en prenant la position de la bouteille, et m’enfonce à n’en plus finir. L’eau glacée pénètre mes vêtements, et provoque chez moi, une poussée d’adrénaline qui m’aide à rejoindre la surface.

Cependant, le froid me tétanise et m’empêche de reprendre mon souffle. L’asphyxie, quelle souffrance atroce. Tant bien que mal, j’arrive à absorber quelques bouffées d’air et retrouve une certaine stabilité. Derrière moi un de mes poursuivants plonge. Alourdi par des vêtements trop épais et prenant l’eau, celui-ci tente désespérément de se maintenir à la surface en se débattant de toutes ses forces, mauvaise stratégie.

Moi, j’économise les miennes, je fais une bulle d’air avec mon sweat et bats des jambes en suivant le courant. Je dois cette technique à une émission de survie passée à la télé. Comme quoi, il arrive parfois que l’on apprenne des choses utiles sur ce média vieillissant. Après à peine quelques minutes, je sens déjà mes membres s’engourdir. Je rejoins le rivage le plus proche et sors de l’eau en grelottant. Derrière moi, le corps sans vie de mon poursuivant se fait doucement emporter par le courant. Un autre qui meurt par ma faute.

Comme si de rien n’était, je rentre chez moi, trempé. Une douche chaude me délivre de l’odeur puante de la Seine, et réchauffe mon corps gelé. Après m’être habillé pour la nuit, je sépare délicatement les billets trempés de la liasse pour les mettre à sécher sur un torchon. Alors, exténué je m’affale sur mon canapé, et regarde le plafond de mon studio. C’est étrange, ce soir il me semble différent. Ses imperfections, ses légères taches, me semblent diminuées, moins agaçantes.

Demain je lirai dans le journal local, qu’un certain gangster surnommé Molosse, s’est fait serrer par les stups à la sortie d’une patinoire, et ce avec un kilo d’héroïne. La chose aura été rendue possible, grâce aux informations données par une source anonyme.

Pour la première fois depuis longtemps, je ferme les yeux en ayant l’impression d’avoir accompli quelque chose. C’est en prononçant les mots suivants que je m’endors paisiblement : « C’est moi qui vous ait fumé, bande de cons ».


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2 commentaires

  1. Ha Ha Ha! cet midi, lorsque j’ai entendu à la radio les détails des interpellations musclées à Garges-lès-Gonesse des proches du gars qui a fait sa connerie à Orly ce matin, j’ai immédiatement pensé à l’immeuble de tes descriptions, à tes voisins, à la vie de l’immeuble, du quartier, etc…..

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